1707 – 2026

Famille Marmet

Neuf générations — de la Savoie au Québec

Cette généalogie suit la lignée directe de Jean Marmet de Beaufort, en Savoie, jusqu'à Yves Marmet, fondateur d'Hypocrat, Fun Key Studios et ZoomMed. Elle est tirée de la recherche de Paul Marmet, O.C., achevée le 22 août 1989.

Armoiries des Marmet — blason 1629
IDébut XVIIIe siècleBeaufort, Savoie

Les racines savoyardes

PèreJean Marmet
MèreMarie Delacroix
Enfant dans la lignée directeJean-Baptiste Marmet (1707)

Jean Marmet et Marie Delacroix vivaient à Beaufort, un bourg alpin du diocèse de Genève, dans une Savoie qui n'appartenait pas encore à la France. La région était alors gouvernée par Victor-Amédée II de Savoie, souverain ambitieux qui venait tout juste d'obtenir le titre de roi de Sicile. La vie à Beaufort était celle des vallées de montagne : rude, rythmée par les saisons, tournée vers l'élevage et l'artisanat.

De leur union naît Jean-Baptiste, en 1707. On ne sait presque rien de son enfance, sinon qu'il apprend le métier de charpentier — un savoir-faire qui lui ouvrira peut-être les portes d'un recruteur colonial. Car à cette époque, la Nouvelle-France manque cruellement de bras, et les agents du roi parcourent parfois les provinces françaises et les régions voisines pour convaincre des artisans de tenter l'aventure américaine.

II1707 – après 1731Beaufort → Québec

Le grand voyage — Jean-Baptiste traverse l'Atlantique

PèreJean-Baptiste Marmet (charpentier, né 1707)
MèreFrançoise Le Gris dite Legry dit Lépine (née 1709, Québec)
Enfant dans la lignée directeJean Marmet (né 27 décembre 1742)

Jean-Baptiste Marmet quitte Beaufort vers 1728, probablement seul, avec pour tout bagage son métier de charpentier et l'espoir d'une vie nouvelle. Pour rejoindre un port atlantique — La Rochelle ou Bordeaux — il lui faut d'abord traverser les Alpes, puis toute la France. Le voyage en voilier jusqu'à Québec dure entre six et douze semaines selon les vents, dans des conditions que les passagers de l'époque décrivent comme éprouvantes : entassement, maladies, tempêtes.

Le 5 novembre 1731, Jean-Baptiste épouse Françoise Le Gris dans la paroisse Notre-Dame de Québec. Françoise est née à Québec en 1709 — elle est donc une Canadienne de naissance, fille de Jean Le Gris et de Marie-Geneviève Sédilot. Par la lignée Sédilot, Paul Marmet remonte jusqu'à des ancêtres parisiens et picards, et note que Louis Sédilot est aussi un ancêtre commun de Sir Narcisse-Fortunat Belleau, du docteur Chénier et du curé Labelle. Jean-Baptiste et Françoise auront treize enfants. Plusieurs mourront en bas âge — réalité brutale d'une époque où la mortalité infantile emportait souvent la moitié d'une fratrie. C'est par leur fils Jean, né le 27 décembre 1742, que se poursuit la lignée.

III1742 – après 1773Québec

Jean le tonnelier — premier Marmet né au Canada

PèreJean Marmet (né 1742, tonnelier)
MèreÉlisabeth Vésina (mariage 1773)
Enfant dans la lignée directeJoseph Marmet

Jean Marmet est le premier de la lignée à naître en sol canadien. Il exerce le métier de tonnelier — fabricant de tonneaux et de barriques — un artisanat essentiel dans une colonie où le commerce du bois, de la fourrure et des denrées alimentaires dépend entièrement de ces contenants. En 1773, il épouse Élisabeth Vésina. Leur fils Joseph perpétuera la tradition des métiers du bois, mais en montant d'un cran dans la hiérarchie artisanale.

La Conquête britannique de 1759–1760 a bouleversé la société canadienne une génération plus tôt. Jean grandit dans un Québec en transition, où les élites francophones ont perdu leurs appuis institutionnels mais où les artisans et les commerçants continuent de faire tourner l'économie locale. Le nom Marmet, orthographié de façon variable dans les registres paroissiaux de l'époque — Marmet, Marmette, Marmé — commence à s'ancrer dans le paysage québécois.

IVFin XVIIIe – début XIXe siècleQuébec

Joseph, maître-menuisier et inspecteur de bois

PèreJoseph Marmet (maître-menuisier, inspecteur de bois)
MèreThérèse Gauvreau
Enfant dans la lignée directeJean-Siméon Marmet (né 1814)

Joseph Marmet franchit une étape importante dans l'ascension sociale de la famille : il devient maître-menuisier et inspecteur de bois. Ce second titre n'est pas anodin — l'inspection du bois est une fonction officielle, rémunérée par l'État, qui confère un statut reconnu dans la société coloniale. Le bois est alors la première ressource d'exportation du Canada, et les inspecteurs jouent un rôle clé dans la chaîne commerciale qui relie les forêts du Saint-Laurent aux chantiers navals britanniques.

Joseph épouse Thérèse Gauvreau. Leur fils Jean-Siméon, né en 1814, choisira une voie différente : celle du commerce et de l'ébénisterie. La famille s'inscrit dans ce mouvement de la petite bourgeoisie artisanale canadienne-française qui, au fil des générations, cherche à convertir le savoir-faire manuel en capital commercial.

V1814 – après 1841Québec — Saint-Roch

Jean-Siméon le meublier — Saint-Roch de Québec

PèreJean-Siméon Marmet (né 1814, meublier)
MèreMarie-Perpétue Simard (mariage 17 août 1841, Saint-Roch de Québec)
Enfant dans la lignée directeJoseph-Antoine-Siméon Marmet dit Siméon (né 20 octobre 1844)

Jean-Siméon Marmet s'établit comme meublier dans le quartier Saint-Roch, le faubourg ouvrier et artisanal de Québec. Le 17 août 1841, il épouse Marie-Perpétue Simard. Saint-Roch est alors en pleine effervescence : les chantiers navals de la Basse-Ville emploient des milliers d'ouvriers, et la demande en mobilier suit la croissance démographique rapide de la ville.

C'est dans ce contexte que naît leur fils Joseph-Antoine-Siméon, dit Siméon, le 20 octobre 1844. Ce dernier sera le premier Marmet à accéder à une profession libérale — la pharmacie — marquant une rupture nette avec les métiers du bois qui avaient défini la famille depuis Jean-Baptiste le charpentier.

VI1844 – après 1868Lévis

Siméon le pharmacien — le retour à l'orthographe Marmet

PèreSiméon Marmet (né 1844, pharmacien)
MèreMarie-Victoire Pépin
Enfant dans la lignée directeJoseph-Albert-Siméon Marmet dit Albert (né 30 août 1885)

Siméon Marmet obtient son diplôme de pharmacien le 12 mai 1868 et s'établit à Lévis, sur la rive sud du Saint-Laurent face à Québec. Il épouse Marie-Victoire Pépin. Sa pharmacie devient un repère du quartier. Paul Marmet se souvient avoir vu dans son enfance de vieilles enseignes portant déjà l'orthographe « Marmet » — le retour à la graphie originale, après des décennies de variations dans les registres paroissiaux, n'était pas qu'une curiosité administrative : c'était un choix affiché, une façon de revendiquer une identité.

La pharmacie au XIXe siècle est à mi-chemin entre la science et l'épicerie fine : on y prépare des remèdes sur ordonnance, mais aussi des eaux de toilette, des sirops, des bonbons médicinaux. Siméon représente la première génération de Marmet à exercer une profession réglementée, à tenir des comptes, à gérer une clientèle — des aptitudes qui se transmettront, sous des formes différentes, jusqu'à Yves.

VII1885 – après 1941Lévis

Albert et la maison déplacée — Lévis, 1941

PèreAlbert Marmet (né 30 août 1885, agent d'assurance)
MèreCorinne Filteau (mariage 22 juin 1920)
Enfant dans la lignée directeLouis Marmet (né 24 août 1922)

Joseph-Albert-Siméon Marmet, dit Albert, naît le 30 août 1885. Il devient agent d'assurance et épouse Corinne Filteau le 22 juin 1920. Leur famille compte sept enfants. Albert est un homme de caractère — Paul, son fils cadet, le décrit avec une affection mêlée d'admiration.

En 1941, la construction du siège social des Caisses populaires Desjardins à Lévis nécessite l'expropriation de sa maison du 57, avenue Bégin. Plutôt que de la démolir, Albert décide de la faire déplacer de l'autre côté de l'avenue — un bâtiment de trois étages, en bois, traversant une rue encombrée de tramways, de fils électriques et de câbles téléphoniques. Paul décrit l'opération comme un événement mémorable dans le quartier, une démonstration de volonté qui restera dans les mémoires familiales. La maison existe encore.

VIII1922 – 1957Lévis → Noranda

Louis l'ingénieur — une vie trop courte

PèreLouis Marmet (né 24 août 1922, ingénieur civil)
MèreJuliette Séguin (mariage 3 septembre 1951)
Enfant dans la lignée directeYves Marmet (né 23 juin 1954)

Louis Marmet naît le 24 août 1922. Il devient ingénieur civil — le premier de la famille à embrasser les sciences appliquées modernes. Paul, son frère cadet et futur physicien, se souvient de l'influence décisive de Louis sur son propre éveil scientifique : c'est en regardant son frère aîné travailler, en posant des questions, en feuilletant ses manuels, qu'il découvre sa vocation. Entre eux, Paul décrit « une amitié admirable ».

Le 3 septembre 1951, Louis épouse Juliette Séguin. Ils ont deux fils : Yves, né le 23 juin 1954, et André, né le 25 novembre 1955. Mais le destin frappe tôt : le 29 mars 1957, Louis meurt des suites d'un accident survenu près de Baie-Saint-Paul. Yves a moins de trois ans. Juliette élève seule ses deux fils à Noranda, en Abitibi, dans une ville minière loin de Lévis et de la famille élargie. C'est dans ce contexte de deuil et de résilience qu'Yves grandit.

IX1954 –Québec → Noranda → Sherbrooke → Montréal

Yves — de l'ingénierie à l'entrepreneuriat

PèreYves Marmet (né 23 juin 1954, ingénieur en électronique)
MèreSylvie Ruest (mariage 23 juin 1979, Saint-Lambert)

Yves Marmet naît à Québec le 23 juin 1954, le même jour que la fête de la Saint-Jean-Baptiste — coïncidence que sa mère Juliette ne manquait jamais de souligner. Il grandit à Noranda, poursuit ses études à l'Université de Sherbrooke et obtient un diplôme d'ingénieur en électronique.

En 1980, il fonde Ordinateurs Hypocrat avec son frère André. Quarante-cinq ans plus tard, trois entreprises, une introduction en Bourse, des centaines d'employés et des milliers de médecins utilisateurs plus tard, les armoiries de 1629 figurent toujours sur le blason de la famille. Jean-Baptiste le charpentier de Beaufort ne pouvait pas imaginer, en embarquant pour la Nouvelle-France en 1728, que sa lignée produirait un jour un entrepreneur technologique. Mais l'esprit du voyage — quitter le connu, bâtir quelque chose de nouveau — est peut-être la constante la plus durable de la famille Marmet.

« L'histoire d'une famille se retrouve dans les biographies de ses membres, dans les souvenirs transmis, dans les anecdotes et dans les liens que le temps risque d'effacer. »

— Paul Marmet, O.C. — Généalogie et histoire de la famille Marmet, 22 août 1989

D'après la généalogie et les recherches de Paul Marmet, O.C., 22 août 1989. Édition modernisée et enrichie, 1731–1989.

YM

Yves Marmet

Un parcours entrepreneurial · 1985–2005

« Bâtir, c'est croire en demain. »

© Yves Marmet · 1985–2005 · Tous droits réservés